Triptyque
[Volet gauche du triptyque]
« Un grand prophète est parmi nous.
Un prophète que chante l’Évangile de Jean,
le Coran sacré de l’Islam
et les pages immortelles de David et de Salomon… »
Puisque l’innocent est jeté dans l’abîme.
Puisque les valeurs rampent adorer le crime.
Puisque l’aigle de la haine envahit toute cime.
Puisque le mal a triomphé quoique nous fîmes.
Seigneur…
Puisque tu as cessé d’être leur Dieu!
Regarde comme la mouette,
la colombe,
de leur sang clair,
entachent ces lieux d’hier.
Ecoute ce qu’on maudit
contre la fleur impeccable
au parfum d’étoiles.
Une nuit diurne jubile et dévaste, insondable, le jour.
La liberté? La dignité?
Des flots rebelles brisés, humiliés!
Espoirs crispés,
des mères squelettes rognés, leur bébés dans les bras,
par les rats!
Et la haine gronde sordide,
et rugit en ces dunes
de ronces et de crânes,
que non, à jamais inapaisées…!
Là, le frère ronge le frère,
rampe et se tortille sur son cadavre comme ver sur ver,
se dévorant dévoré!
Là, un prêtre borgne qui va boitant la parole sainte,
lui-même cimetière vivant de l’orphelin!
Là, de creux et monstrueux philosophes,
se donnant pour des rebelles de haut vol,
se traînent en remorquant leur carcasse de raison,
comme par sa queue envahie de mouches,
l’âne monté d’un singe la dépouille d’un lion!
au cou la chaîne lourdaude des mots qui grincent, vides,
singent et rient.
De leurs langues aiguisées lacèrent
et « bifident » la poitrine pure du seul Nazaréen.
S’embourbe l’élan, et tombes!
rejettent par milliers leurs lots de morts,
et se referment sur d’autres aubes d’amour
qui geint!
Ô Seigneur!
Quel crime avons-nous donc commis?
Quel crime pour endurer ce long châtiment?
Et Ton amour? et le pardon? et Ta miséricorde?
Sommes-nous responsables d’un prophète exilé?
Est-ce cela le crime?
Dis-le Seigneur!
Avons-nous piétiné sa jeunesse,
et les rêves si beaux qu’il donna?
Est-ce cela, déicide à l’extrême, la faute?
En revêtant ses ailes,
ils ont pénétré l’abîme
et entraîné avec eux tout le pays! Oui! oui!
C’est comme si l’âme christique de l’immolé
aurait jeté sur eux son cri abasourdissant.
Et nous tombons,
et nous sombrons dans la spirale du vide,
un gouffre cadenassé de néant,
aveugle geôlier de l’éternité.
Loin, loin de Ton firmament
qui se referme en un point infini d’aiguille.
Ô Liban! Quelle chute!
Quel écroulement dans la boue,
le sang, les larmes et la poussière.
Noire ta neige aujourd’hui par ton deuil!
Tes jours sont nuits devenues!
Tes langes, linceuls!
Et qui va te relever? toi le Sage!
Toi le Bel-Adolescent!
Toi le Brave parmi les Braves!
Ange aveuglé d’orgueil!…
Et ta lyre ensanglantée,
sur les rivages du Temps,
à jamais! restera pleurer,
toi qui ne sera plus,
et la Rose qui voulut te sauver!
[Volet gauche du triptyque]
« Un grand prophète est parmi nous.
Un prophète que chante l’Évangile de Jean,
le Coran sacré de l’Islam
et les pages immortelles de David et de Salomon… »
L’hiver aura plus de pleurs,
et plus de tristesse hantera
nos saules pleureurs,
pour un « seul innocent divin », mort sur l’autel qui préjuge
que pour « l’humanité entière »,
saccagée par les crimes de guerre…
Pour un seul divin, seigneur,
l’hiver eût plus de pleurs!
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