Mon Bien-Aimé
Depuis ma plus tendre enfance,
le seul rêve qui me resta,
l’Ami, la Rose, ma Consolation et ma Chanson;
le seul espoir d’ambition qui survit dans mon
coeur
Quand le « Devoir » me convoquera,
je laisserai mon père, et ma mère,
ma maison, et ma patrie;
et je volerai d’emblée
ainsi qu’une flèche en feu par sa cible happée.
Pour le Devoir je n’irai pas par quatre chemins!
Quand la « Joie » me convoquera,
j’irai m’asseoir à son festin,
et je lui parlerai du « Bonheur Lointain ».
Quand la Joie me convoquera!
Quand le « Malheur » me convoquera,
j’irai avec mes braves vendangeurs,
cueillir les grappes mûres des sarments;
et je les jetterai dans son gouffre avare
comme dans un géant pressoir.
Demain j’aurai du bon vin,
Quand, Malheur, tu me convoqueras!
Quand la « Mort » me convoquera,
je laisserai tout à l’oubli,
et je m’élancerai vers les nouveaux rivages;
et, comme une vague qui s’éploie,
je soufflerai mon âme bleue et l’écume de mes chaînes,
dans son sable doré!
Il me boira telle sa joie la plus immense,
et sa joie me révèlera
les mystères espérés,
quand Mort me convoquera!
Depuis ma plus tendre enfance,
le seul rêve qui me resta,
l’Ami, la Rose, ma Consolation et ma Chanson;
le seul espoir d’ambition qui survit dans mon
coeur
La feuille qui tremble,
et la neige qui tombe,
le vent qui saccage,
et le courlis qui fuit…
Quand mon crépuscule atteindra
ses rimes nocturnes,
ô vie,
que dans une étreinte plus forte que l’Amour,
mon âme en toi s’épanouisse poèmes et oubli!
Toi qui embellis de doux ocelles la chenille,
et ranimes de tempêtes oubliées l’onde sénile;
Ô nuit insondable!
Nuit éternelle et pure,
éloigne de moi le havre désiré!
J’ai connu,
– oh! comme la soif est belle! –
j’ai connu un plus haut bonheur
que celui d’être!
Ô havre, éloigne,
éloigne encore, et encore ton ombre!
Que ma marche vers tes cimes
dure l’Éternité!
Nuit insondable et pure,
éloigne-les encore!
Que ma marche vers tes étoiles
m’enivre toujours!
Tristesse, tristesse,
fleur extrême qui danse, invisible,
au coeur des printemps,
j’aime les chansons que me chante ta lyre bohème!
J’aime le vin de tes nostalgies pures!
Copyright © 2009 Georges H. Chakkour – Tous droits réservés