Triptyque
[Volet gauche du triptyque]
« Un grand prophète est parmi nous.
Un prophète que chante l’Évangile de Jean,
le Coran sacré de l’Islam
et les pages immortelles de David et de Salomon… »
Chaque peuple,
chaque nation,
et chaque être dans son domaine, Seigneur,
tente de se vanter d’une chose, qui,
en bonne réalité, ne lui appartient pas.
Car Toi seul est le Dispensateur
de toutes choses ici-bas!
Celui-ci dira: « N’est-ce-pas moi, Muse,
qui ai donné cette belle page?! »
Et cet autre: « Ce merveilleux tableau,
n’est-il pas venu au monde que grâce à mon pinceau? »
« Cette pyramide… c’est moi qui l’est conçue.
Et cette statue… éternise mon génie! »
Ils sont « tous » génies, Seigneur,
et tous le veulent clamer au monde;
et c’est bien leur droit légitime.
Mais Seigneur, qui lève son regard contempler Tes étoiles?
Qui est-ce qui écoute le chant sourdre pour lui
des silences interplanétaires dont Tu es l’image?
N’es-Tu pas – le Dispensateur, –
Toi seul – des richesses de la Terre?!
Toi – qui donnes au poète l’art de former des vers
pour alléger sa tristesse?!
Et au peintre l’astuce des couleurs
et les jeux du pinceau avide de toile vide?!
Et cette fleur qui sourit, épanouie de couleurs vives,
sur la pelouse des printemps?!
Et la cascade qui s’évanouit dans la vallée?!
Et le torrent qui gronde et jaillit comme la foudre?!
– N’est-ce pas Ton oeuvre?! –
Ton oeuvre, ces Mystères qui organisent les Mondes?!
Et ce grain de sable qui donne et redonne
l’inlassable mélodie des vagues et de l’écume?!
Et cet horizon qui blanchit,
– n’est-il pas Ton sourire?! –
N’est-ce pas une goutte qui succombe de Ton calice,
ce crépuscule qui palpite comme une blessure?!
Ô Seigneur! qui jamais put donner vie
à l’argile et l’aile rapide aux oiseaux?!
Qui aurait pu inventer le roulement des saisons
et la délicatesse des fruits;
et cette incroyable faune
qui grouille en mille formes et formes nuancée?!
C’est Toi Seigneur, c’est Ton oeuvre,
ces Phénix de Temps, d’Espace, et d’Infini!
Et Tu laisses l’aveugle caboter dans son ignorance,
or qu’à la Vérité Tu dis: « Hâte-toi vers moi sans te lasser! »
Elle vient dans Tes jardins courtoiser les astres,
comme l’abeille butineuse s’en va sucer
le miel d’une fleur, puis d’une autre et encore d’une autre,
et sans fin nous revient plus généreuse.
Donne-moi, Seigneur, donne-moi!
la Musique, la Lyre, et la Chanson!
Donne-moi le Pétale, la Rose, et le Parfum!
Donne-moi le Courage, l’Amour, et la Justice!
Donne-moi le Bonheur, l’Extase, et l’Harmonie!
Donne-moi le Suc, l’Espoir, et le Désir!
Donne-moi tout!
Et je le donnerai pour un autre instant
à l’ombre de Ton Prophète Bien-Aimé!
Il est la route vers Toi!
Il est l’aile, le pardon et l’espace!
Il est l’impensable lac béni
qui reflète Ton image!
Il est l’aube de Tes paradis!
Il est Ton midi radieux!
Donne-moi pour racheter
un moment éternel à ses pieds!
Donne-moi, Seigneur, le pain et le vin de la vie!
Dahesh est mon seul bonheur infini!
Du jour et de la nuit,
il en est le soleil, la lune et les étoiles;
et la douceur de l’aube,
et la douleur des crépuscules.
Donne-moi, Seigneur, donne-moi,
mon chemin vers Lui!
[Volet gauche du triptyque]
« Un grand prophète est parmi nous.
Un prophète que chante l’Évangile de Jean,
le Coran sacré de l’Islam
et les pages immortelles de David et de Salomon… »
L’hiver aura plus de pleurs,
et plus de tristesse hantera
nos saules pleureurs,
pour un « seul innocent divin », mort sur l’autel qui préjuge
que pour « l’humanité entière »,
saccagée par les crimes de guerre…
Pour un seul divin, seigneur,
l’hiver eût plus de pleurs!
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