L’Étoile du Berger
Seigneur!
C’est bien loin l’Étoile du Matin!
Quand j’ai soif de son onde absolue,
je contourne les lacs accueillants,
là où miroite, légère,
son image hyaline,
avec des reflets doucement pâles
et lamés.
As-tu regardé la mer, mon ami,
et les cascades qui naissent
des rochers qu’elle drape de son écume?
As-tu vu son sein se gonfler,
respirer la plage, jeter et reprendre
ses filles marines?
As-tu aimé le vol onduleux
des blancs goélands,
survolant la nappe bleue?
As-tu frissonné aux fracas qui livrent
leur éternel combat
pour éroder l’orgueil des falaises?
As-tu bu à la coupe suave de ses murmures,
quand l’aube l’enlace de ses rougeâtres rayons?
As-tu, mon ami, contemplé les étoiles
qui palpitent aux rythmes de son coeur infini?
Moi, mes rêves, voguent sans cesse,
d’un calme l’autre,
d’une houle l’autre,
vers des îles inondées de ses parfums!
Que de choses! Que de mots!
Que de poèmes s’engendrent et se renient!
Et de flux en reflux,
lavent et reprennent du rivage
d’impossibles solutions!
Ô Temple, pour la vie rien de plus beau,
dieu liquide,
toujours le même et jamais semblable,
mer qui rythme aux pensées profondes du globe
sa nostalgie;
ni ton règne, ni le nôtre,
n’aura de fin tant que le Monde,
de miracle en miracle,
demeure ivre au coeur d’insolubles infinis!
Seigneur!
C’est bien loin l’Étoile du Matin!
Quand j’ai soif de son onde absolue,
je contourne les lacs accueillants,
là où miroite, légère,
son image hyaline,
avec des reflets doucement pâles
et lamés.
Silence! Silence des dieux!
Silence de cygne!
Silence près des fontaines claires,
que nul objet étrange à sa nature ne dérange!
Silence de parfum dans le mystère des bourgeons!
Silence pur et léger,
évoluant à pas de chatte dans les cieux!
Silence sidéral qui me parle d’étoiles multicolores!
L’hiver est revenu,
et le bois est si joli!
Oh! qu’il fait doux, sous la feuillée en pleurs,
respirer le parfum des branches,
quand le ciel mêle la pluie aux rêves des oiseaux!
Un million d’hommes!
Morts pour la patrie!
Un million d’hommes!
Qui ont abreuvé de leur sang
Les champs de bataille!
Un million d’hommes!
Quand le « Devoir » me convoquera,
je laisserai mon père, et ma mère,
ma maison, et ma patrie;
et je volerai d’emblée
ainsi qu’une flèche en feu par sa cible happée.
Pour le Devoir je n’irai pas par quatre chemins!
Copyright © 2009 Georges H. Chakkour – Tous droits réservés