La rive des Séraphins

Allons vers l’autre rive, mon âme,

allons renaître aux temps nouveaux!

– Où rien de ce monde n’existe,

d’où tout l’homme est banni. –

Où les jardins ont des musiques pures,

et la mer, la magie des chants divins!

Allons-nous mon âme vers d’autres rivages,

où l’ombre est colorée comme l’aube,

au pastel des paradis;

et le bonheur, joaillier de nos amours,

en mille vagues revient se briser sur les pierres,

et polir le chant des feuillages.

 

Allons vers les sources aux eaux douces,

qui baignent de paix la lumière

et le pas poétique des nymphes!

Allons vers ces coeurs,

ces coeurs qui n’ont d’autre entrave,

qu’une liberté ensoleillée!

Où l’idéal gouverne le dieu

et l’orgueil des séraphins! Allons…

 

Allons vers cette dimension de vertige,

revivre d’autres siècles d’amour!

Allons là où les pleines lunes en grappes,

et les saisons et l’heure,

oublieuses du temps qui passe,

jouent et se mirent dans un océan vermeil de parfums!

 

Si les roses et les lilas,

ont des pétales pour coeur,

si les nuits sont criblées d’étoiles,

si nulle côte ne pourra compter ses vagues,

moi? je n’ai que ce rêve,

– mourir –

mourir sans fin vers cette rive mon âme!

 

Ensemble nous avons cueilli,

pour l’Offrande, pour l’Offrande,

les rires et les pleurs, 

et la rosée,

la rosée des tendres fleurs!

Ensemble vendangé,

Ensemble, mon âme,

laissé mûrir,

ensemble, bu et chanté,

les grappes de nos vignes, de nos vignes.

Que reviennent ces jours chargés de fruits,

et cette ombre bleue qui tombe des rayons.

Revienne, revienne,

le temps des perles,

le temps des émeraudes,

pour cueillir, l’Offrande,

l’Offrande de guirlandes,

à notre Seigneur!

 

Allons-nous vers l’autre rive mon âme,

allons renaître aux temps nouveaux!

Je reviendrai

Dahesh!

Je reviendrai demain,

avec le chant des étoiles,

adorer l’ombre bénie de tes palmiers!

Je reviendrai avec la brise de l’hiver,

humer le parfum de tes contrées fleuries!

Je reviendrai de la tombe, pleurer mon soleil disparu,

toi mon espoir, et ma vie!

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L’Exilé

Ô Prophète! ô compassion!
Le Monde entier est Ta « gazelle »,
et le Ciel, Ta couronne et Ton dôme!
Prophète Bien-Aimé,
la Terre repose sur Ton piédestal,
et le printemps, en Ton sourire!
Et l’été, l’été Ton coeur, Tes fruits et Ton verbe!
Et l’automne – bosquets de flammes –
Ton chant jusqu’à l’hiver!
Oh, l’hiver! Tes larmes qui coulent pour nous étancher!
Tes larmes fraternelles!
Et la musique céleste,
Tes mouvements superbes!
Et ce rythme d’étoiles?
Ton coeur qui bat pour rythmer l’harmonie…
– Oh! quelle est suave et superbe,
une harmonie arc-en-ciel! –
L’harmonie!
Tu fus, Dahesh! et le Monde jaillit comme une Pensée!
Comme un hymne élevé
qui commémore cet instant
qui toujours sera…

Prophète!
– Prophète des Dieux et de l’Orphelin, –
l’homme est Ton ami,
sa tristesse est Ton enfant,
et sa joie, Ton ombre!
Ô Prophète! ô compassion!
L’Amour est Ton Pardon dans l’infini;
et le paradis se séduit à Ta ressemblance,
à Te ressembler rêvent les étoiles vivantes du paradis!
Oh! Ta ressemblance!
Toi qui nourris la « gazelle des étoiles » dans le creux de Ta main!

Et la Terre qui tremble?
et la guerre qui gronde?
et les cieux et l’enfer dans l’homme Ton frère?
Une « écharde » que l’éternité a semée dans Ta chair,
une épine de la fleur perfide des jours!
Et l’Avenir? et le Passé?
Ton éternel Présent!
Et l’Invisible et l’Inaccessible, et l’Univers?
Ton « Visage Caché! »
Ô Prophète des compassions!
Amour inlassable!
Océan insondable de vertes amours émeraudes!
Dieu dans le Ciel! Là, exilé et apatride!
Lève-Toi et ravage nos coeurs!
Léve-Toi!
et apprends-nous comment respecter Tes fleurs!…

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L’Heure féline

À l’heure où la rose, le songe et le parfum,

se prélassent rose, noir, ou safran!

à l’heure où le mal de génie,

languit poème, chant et prose!

à l’heure où la Nymphe diurne

se baigne sous la ramée du silence opalin!

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L’Obstiné

Je marcherai obstinément vers mon but,
sans me soucier de la nuit,
ni du long chemin qui se dilue à l’horizon!
Vers mon but, Seigneur,
je marcherai obstinément!

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