L’ancre dorée du Bien-Aimé

Quand l’espoir vint mouiller-là son ancre dorée

en mes rivages,

toute la surprise du monde en moi oscilla,

comme soudain au spectacle charmant!

d’une averse de roses et de dahlias!

 

Plus tard, à l’automne, il larguait ses amarres

aux premiers rayons du jour…

et le ciel se crispa en moi désespoir infini,

versant tout le suc velouté de la mélancolie,

dans un calice déjà amer,

et me dit:  « Bois!… »

 

Maintenant, aucune félicité plus ne me tente!

Aucune fleur d’oasis!

Aucun chant d’avril!

Aucun appel à la renaissance lancé par le mois de mars!

Aucune fête de juin qui célèbre ton nom!

Aucune vendange d’automne dionysiaque!

Aucun printemps qui peut encore traverser mes jours!

Chaque rose,

chaque fleur,

chaque fruit d’été,

chaque raisin mûr cueilli en mémoire de ton vin,

pour peu que je promène mon regard

sur leurs bourgeons nouvelets,

caressent en moi ce souvenir douloureux d’hier!

        

Oh! ton ancre dorée!

qui l’aurait su jamais deviner?!

À mes rivages n’a laissé,

hélas!

que l’insondable désir de mélancolie!

Je reviendrai

Dahesh!

Je reviendrai demain,

avec le chant des étoiles,

adorer l’ombre bénie de tes palmiers!

Je reviendrai avec la brise de l’hiver,

humer le parfum de tes contrées fleuries!

Je reviendrai de la tombe, pleurer mon soleil disparu,

toi mon espoir, et ma vie!

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L’Exilé

Ô Prophète! ô compassion!
Le Monde entier est Ta « gazelle »,
et le Ciel, Ta couronne et Ton dôme!
Prophète Bien-Aimé,
la Terre repose sur Ton piédestal,
et le printemps, en Ton sourire!
Et l’été, l’été Ton coeur, Tes fruits et Ton verbe!
Et l’automne – bosquets de flammes –
Ton chant jusqu’à l’hiver!
Oh, l’hiver! Tes larmes qui coulent pour nous étancher!
Tes larmes fraternelles!
Et la musique céleste,
Tes mouvements superbes!
Et ce rythme d’étoiles?
Ton coeur qui bat pour rythmer l’harmonie…
– Oh! quelle est suave et superbe,
une harmonie arc-en-ciel! –
L’harmonie!
Tu fus, Dahesh! et le Monde jaillit comme une Pensée!
Comme un hymne élevé
qui commémore cet instant
qui toujours sera…

Prophète!
– Prophète des Dieux et de l’Orphelin, –
l’homme est Ton ami,
sa tristesse est Ton enfant,
et sa joie, Ton ombre!
Ô Prophète! ô compassion!
L’Amour est Ton Pardon dans l’infini;
et le paradis se séduit à Ta ressemblance,
à Te ressembler rêvent les étoiles vivantes du paradis!
Oh! Ta ressemblance!
Toi qui nourris la « gazelle des étoiles » dans le creux de Ta main!

Et la Terre qui tremble?
et la guerre qui gronde?
et les cieux et l’enfer dans l’homme Ton frère?
Une « écharde » que l’éternité a semée dans Ta chair,
une épine de la fleur perfide des jours!
Et l’Avenir? et le Passé?
Ton éternel Présent!
Et l’Invisible et l’Inaccessible, et l’Univers?
Ton « Visage Caché! »
Ô Prophète des compassions!
Amour inlassable!
Océan insondable de vertes amours émeraudes!
Dieu dans le Ciel! Là, exilé et apatride!
Lève-Toi et ravage nos coeurs!
Léve-Toi!
et apprends-nous comment respecter Tes fleurs!…

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L’Heure féline

À l’heure où la rose, le songe et le parfum,

se prélassent rose, noir, ou safran!

à l’heure où le mal de génie,

languit poème, chant et prose!

à l’heure où la Nymphe diurne

se baigne sous la ramée du silence opalin!

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L’Obstiné

Je marcherai obstinément vers mon but,
sans me soucier de la nuit,
ni du long chemin qui se dilue à l’horizon!
Vers mon but, Seigneur,
je marcherai obstinément!

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