Le Liban, un peuple déicide!

Puisque l’innocent est jeté dans l’abîme.
Puisque les valeurs rampent adorer le crime.
Puisque l’aigle de la haine envahit toute cime.
Puisque le mal a triomphé quoique nous fîmes.
Seigneur…
Puisque tu as cessé d’être leur Dieu!
Regarde comme la mouette,
la colombe,
de leur sang clair,
entachent ces lieux d’hier.
Ecoute ce qu’on maudit
contre la fleur impeccable
au parfum d’étoiles.
Une nuit diurne jubile et dévaste, insondable, le jour.
La liberté? La dignité?
Des flots rebelles brisés, humiliés!
Espoirs crispés,
des mères squelettes rognés, leur bébés dans les bras,
par les rats!
Et la haine gronde sordide,
et rugit en ces dunes
de ronces et de crânes,
que non, à jamais inapaisées…!
Là, le frère ronge le frère,
rampe et se tortille sur son cadavre comme ver sur ver,
se dévorant dévoré!
Là, un prêtre borgne qui va boitant la parole sainte,
lui-même cimetière vivant de l’orphelin!
Là, de creux et monstrueux philosophes,
se donnant pour des rebelles de haut vol,
se traînent en remorquant leur carcasse de raison,
comme par sa queue envahie de mouches,
l’âne monté d’un singe la dépouille d’un lion!
au cou la chaîne lourdaude des mots qui grincent, vides,
singent et rient.
De leurs langues aiguisées lacèrent
et « bifident » la poitrine pure du seul Nazaréen.
S’embourbe l’élan, et tombes!
rejettent par milliers leurs lots de morts,
et se referment sur d’autres aubes d’amour
qui geint!
Ô Seigneur!
Quel crime avons-nous donc commis?
Quel crime pour endurer ce long châtiment?
Et Ton amour? et le pardon? et Ta miséricorde?

Sommes-nous responsables d’un prophète exilé?

Est-ce cela le crime?
Dis-le Seigneur!

Avons-nous piétiné sa jeunesse,
et les rêves si beaux qu’il donna?
Est-ce cela, déicide à l’extrême, la faute?
En revêtant ses ailes,
ils ont pénétré l’abîme
et entraîné avec eux tout le pays! Oui! oui!
C’est comme si l’âme christique de l’immolé
aurait jeté sur eux son cri abasourdissant.
Et nous tombons,
et nous sombrons dans la spirale du vide,
un gouffre cadenassé de néant,
aveugle geôlier de l’éternité.
Loin, loin de Ton firmament
qui se referme en un point infini d’aiguille.
Ô Liban! Quelle chute!
Quel écroulement dans la boue,
le sang, les larmes et la poussière.
Noire ta neige aujourd’hui par ton deuil!
Tes jours sont nuits devenues!
Tes langes, linceuls!
Et qui va te relever? toi le Sage!
Toi le Bel-Adolescent!
Toi le Brave parmi les Braves!
Ange aveuglé d’orgueil!…
Et ta lyre ensanglantée,
sur les rivages du Temps,
à jamais! restera pleurer,
toi qui ne sera plus,
et la Rose qui voulut te sauver!

Je reviendrai

Dahesh!

Je reviendrai demain,

avec le chant des étoiles,

adorer l’ombre bénie de tes palmiers!

Je reviendrai avec la brise de l’hiver,

humer le parfum de tes contrées fleuries!

Je reviendrai de la tombe, pleurer mon soleil disparu,

toi mon espoir, et ma vie!

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L’Exilé

Ô Prophète! ô compassion!
Le Monde entier est Ta « gazelle »,
et le Ciel, Ta couronne et Ton dôme!
Prophète Bien-Aimé,
la Terre repose sur Ton piédestal,
et le printemps, en Ton sourire!
Et l’été, l’été Ton coeur, Tes fruits et Ton verbe!
Et l’automne – bosquets de flammes –
Ton chant jusqu’à l’hiver!
Oh, l’hiver! Tes larmes qui coulent pour nous étancher!
Tes larmes fraternelles!
Et la musique céleste,
Tes mouvements superbes!
Et ce rythme d’étoiles?
Ton coeur qui bat pour rythmer l’harmonie…
– Oh! quelle est suave et superbe,
une harmonie arc-en-ciel! –
L’harmonie!
Tu fus, Dahesh! et le Monde jaillit comme une Pensée!
Comme un hymne élevé
qui commémore cet instant
qui toujours sera…

Prophète!
– Prophète des Dieux et de l’Orphelin, –
l’homme est Ton ami,
sa tristesse est Ton enfant,
et sa joie, Ton ombre!
Ô Prophète! ô compassion!
L’Amour est Ton Pardon dans l’infini;
et le paradis se séduit à Ta ressemblance,
à Te ressembler rêvent les étoiles vivantes du paradis!
Oh! Ta ressemblance!
Toi qui nourris la « gazelle des étoiles » dans le creux de Ta main!

Et la Terre qui tremble?
et la guerre qui gronde?
et les cieux et l’enfer dans l’homme Ton frère?
Une « écharde » que l’éternité a semée dans Ta chair,
une épine de la fleur perfide des jours!
Et l’Avenir? et le Passé?
Ton éternel Présent!
Et l’Invisible et l’Inaccessible, et l’Univers?
Ton « Visage Caché! »
Ô Prophète des compassions!
Amour inlassable!
Océan insondable de vertes amours émeraudes!
Dieu dans le Ciel! Là, exilé et apatride!
Lève-Toi et ravage nos coeurs!
Léve-Toi!
et apprends-nous comment respecter Tes fleurs!…

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L’Heure féline

À l’heure où la rose, le songe et le parfum,

se prélassent rose, noir, ou safran!

à l’heure où le mal de génie,

languit poème, chant et prose!

à l’heure où la Nymphe diurne

se baigne sous la ramée du silence opalin!

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L’Obstiné

Je marcherai obstinément vers mon but,
sans me soucier de la nuit,
ni du long chemin qui se dilue à l’horizon!
Vers mon but, Seigneur,
je marcherai obstinément!

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