Mon Bien-Aimé
Depuis ma plus tendre enfance,
le seul rêve qui me resta,
l’Ami, la Rose, ma Consolation et ma Chanson;
le seul espoir d’ambition qui survit dans mon
coeur
As-tu regardé la mer, mon ami,
et les cascades qui naissent
des rochers qu’elle drape de son écume?
As-tu vu son sein se gonfler,
respirer la plage, jeter et reprendre
ses filles marines?
As-tu aimé le vol onduleux
des blancs goélands,
survolant la nappe bleue?
As-tu frissonné aux fracas qui livrent
leur éternel combat
pour éroder l’orgueil des falaises?
As-tu bu à la coupe suave de ses murmures,
quand l’aube l’enlace de ses rougeâtres rayons?
As-tu, mon ami, contemplé les étoiles
qui palpitent aux rythmes de son coeur infini?
Moi, mes rêves, voguent sans cesse,
d’un calme l’autre,
d’une houle l’autre,
vers des îles inondées de ses parfums!
Que de choses! Que de mots!
Que de poèmes s’engendrent et se renient!
Et de flux en reflux,
lavent et reprennent du rivage
d’impossibles solutions!
Ô Temple, pour la vie rien de plus beau,
dieu liquide,
toujours le même et jamais semblable,
mer qui rythme aux pensées profondes du globe
sa nostalgie;
ni ton règne, ni le nôtre,
n’aura de fin tant que le Monde,
de miracle en miracle,
demeure ivre au coeur d’insolubles infinis!
Depuis ma plus tendre enfance,
le seul rêve qui me resta,
l’Ami, la Rose, ma Consolation et ma Chanson;
le seul espoir d’ambition qui survit dans mon
coeur
La feuille qui tremble,
et la neige qui tombe,
le vent qui saccage,
et le courlis qui fuit…
Quand mon crépuscule atteindra
ses rimes nocturnes,
ô vie,
que dans une étreinte plus forte que l’Amour,
mon âme en toi s’épanouisse poèmes et oubli!
Toi qui embellis de doux ocelles la chenille,
et ranimes de tempêtes oubliées l’onde sénile;
Ô nuit insondable!
Nuit éternelle et pure,
éloigne de moi le havre désiré!
J’ai connu,
– oh! comme la soif est belle! –
j’ai connu un plus haut bonheur
que celui d’être!
Ô havre, éloigne,
éloigne encore, et encore ton ombre!
Que ma marche vers tes cimes
dure l’Éternité!
Nuit insondable et pure,
éloigne-les encore!
Que ma marche vers tes étoiles
m’enivre toujours!
Tristesse, tristesse,
fleur extrême qui danse, invisible,
au coeur des printemps,
j’aime les chansons que me chante ta lyre bohème!
J’aime le vin de tes nostalgies pures!
Copyright © 2009 Georges H. Chakkour – Tous droits réservés