Les Coquelicots
Ô mes coquelicots,
mes désirs, mes joies!
Je suis en vous,
je suis votre champ,
je suis votre rouge et noir silence!
Et votre simple et indifférente beauté,
nue et farouche,
comme une goutte de sang,
qui oublie…
Depuis ma plus tendre enfance,
le seul rêve qui me resta,
l’Ami, la Rose, ma Consolation et ma Chanson;
le seul espoir d’ambition qui survit dans mon
coeur
pensée et passion;
depuis ma plus tendre enfance,
le parfum qui ne cessa d’obnubiler
le bosquet de mes heures et mes dunes de
songes;
la seule musique qui, comme un second coeur,
frappe encore sa douce cadence solitaire en moi,
c’est revoir ton visage adoré, Seigneur!
depuis ma plus tendre enfance!
Ô Divin Frère!
l’Ali des Prophètes et des Sages!
tu m’as donné à pleines mains
les aubes odorantes et tant de midis de bonheur,
en mes désirs les plus hauts!
Toutes mes routes, les voilà aplanies;
une aile douce me porte, infaillible épaule!
Et voici que survole ma volonté,
pareil l’aigle responsable,
de tendres méandres fleuris.
Que c’est bon, doux, que c’est merveille,
chanter sans fin le Bien-Aimé!
Oh! donne-moi toujours
la Musique, la Lyre et la Chanson!
C’est lui seul que je veux aimer,
servir et adorer.
Lui seul que tout doit glorifier,
lui obéir et contempler,
en chaque aube, chaque midi,
avec chaque étoile qui naît,
palpite ou frémit.
Ô mes coquelicots,
mes désirs, mes joies!
Je suis en vous,
je suis votre champ,
je suis votre rouge et noir silence!
Et votre simple et indifférente beauté,
nue et farouche,
comme une goutte de sang,
qui oublie…
C’est l’heure musicale où la Nature élève au Créateur sa chanson.
C’est l’heure ensorceleuse et divine
où l’Aurore et les Muses
vagabondent dans le ciel des rêves de la Pensée.
C’est l’heure vermeille et transparente
qui retouche et reprend de son pinceau magique
le grand tableau de la Raison.
Libre à vous,
d’adorer le Dieu d’Adam ou de Jésus!
Libre à vous,
de vénérer tout temple, tout encens et toute statue!
Libre à vous,
tout vin de cendres, d’épines ou de ciguë!
Libre à vous,
J’aime la Poésie,
son séjour riant et ses vertes fontaines;
et sa lune argentée,
qui caresse qui caresse un lac automnal, bleu ou doré!
J’aime le silence environnant qui tombe,
comme une chevelure de saule pleureur,
des nuits sidérales!
J’aime le soleil aussi, qui fredonne qui fredonne sa cadence
au rythme des oiseaux;
tantôt ocellé et frémissant,
tantôt rieur et goélette comme une mouette ivre de vents!
Mai chéri!
Mai bien-aimé des jardins fleuris;
Mai de la mélancolie qui se déride et qui sourit;
Mai des chants, des cantiques
et de l’onde superbe
et choisie;
Copyright © 2009 Georges H. Chakkour – Tous droits réservés