Les Coquelicots
Ô mes coquelicots,
mes désirs, mes joies!
Je suis en vous,
je suis votre champ,
je suis votre rouge et noir silence!
Et votre simple et indifférente beauté,
nue et farouche,
comme une goutte de sang,
qui oublie…
Ils se sont se prosterner parmi la foule
venue se bénir le front en ces lieux impassibles,
où tu demeurais muet et lointain!
Et quand mon tour arriva,
pour esquiver ma confusion et la leur, je fuis au loin!
Car dans mes mains, je ne t’offrais qu’une frêle marguerite,
qui souriait bien pauvre mais lutin!
Depuis ces jours de fêtes, j’ai bien changé!
Car ton silence n’a cessé de germer en moi,
et ta chaude bonté d’enrichir mon existence!
Mais à l’autel de mes frères jamais ne suis revenu!
Mes fleurs ont mûri loin d’eux et de leurs ronces,
et parlent un autre langage que leurs guirlandes!
J’ai fait de ma solitude un jardin superbe,
et mes fleurettes, là, sont toutes gaies
et toujours plus lutines!
Et chaque fois que l’Étoile du Matin
me sourit dans ton ciel d’amour,
toute branche en chaque arbre de mes allées,
lance sa prière en mille guirlandes de remerciements!
Et chaque fleur éclate
en une envolée d’ineffables papillons!
Cette marguerite si frêle,
toi seul l’as reçue;
mais à l’autel des foules colorées,
jamais depuis ne suis revenu!
Ô mes coquelicots,
mes désirs, mes joies!
Je suis en vous,
je suis votre champ,
je suis votre rouge et noir silence!
Et votre simple et indifférente beauté,
nue et farouche,
comme une goutte de sang,
qui oublie…
C’est l’heure musicale où la Nature élève au Créateur sa chanson.
C’est l’heure ensorceleuse et divine
où l’Aurore et les Muses
vagabondent dans le ciel des rêves de la Pensée.
C’est l’heure vermeille et transparente
qui retouche et reprend de son pinceau magique
le grand tableau de la Raison.
Libre à vous,
d’adorer le Dieu d’Adam ou de Jésus!
Libre à vous,
de vénérer tout temple, tout encens et toute statue!
Libre à vous,
tout vin de cendres, d’épines ou de ciguë!
Libre à vous,
J’aime la Poésie,
son séjour riant et ses vertes fontaines;
et sa lune argentée,
qui caresse qui caresse un lac automnal, bleu ou doré!
J’aime le silence environnant qui tombe,
comme une chevelure de saule pleureur,
des nuits sidérales!
J’aime le soleil aussi, qui fredonne qui fredonne sa cadence
au rythme des oiseaux;
tantôt ocellé et frémissant,
tantôt rieur et goélette comme une mouette ivre de vents!
Mai chéri!
Mai bien-aimé des jardins fleuris;
Mai de la mélancolie qui se déride et qui sourit;
Mai des chants, des cantiques
et de l’onde superbe
et choisie;
Copyright © 2009 Georges H. Chakkour – Tous droits réservés