La marguerite

Ils se sont se prosterner parmi la foule
venue se bénir le front en ces lieux impassibles,
où tu demeurais muet et lointain!

Et quand mon tour arriva,
pour esquiver ma confusion et la leur, je fuis au loin!
Car dans mes mains, je ne t’offrais qu’une frêle marguerite,
qui souriait bien pauvre mais lutin!

Depuis ces jours de fêtes, j’ai bien changé!
Car ton silence n’a cessé de germer en moi,
et ta chaude bonté d’enrichir mon existence!
Mais à l’autel de mes frères jamais ne suis revenu!

Mes fleurs ont mûri loin d’eux et de leurs ronces,
et parlent un autre langage que leurs guirlandes!
J’ai fait de ma solitude un jardin superbe,
et mes fleurettes, là, sont toutes gaies
et toujours plus lutines!

Et chaque fois que l’Étoile du Matin
me sourit dans ton ciel d’amour,
toute branche en chaque arbre de mes allées,
lance sa prière en mille guirlandes de remerciements!
Et chaque fleur éclate
en une envolée d’ineffables papillons!

Cette marguerite si frêle,
toi seul l’as reçue;
mais à l’autel des foules colorées,
jamais depuis ne suis revenu!

Le Moqueur

Je suis la Tempête suave
qu’emplit la colère des flots!
Je souffle sur les Étoiles
et j’éclipse leurs Mots!
J’ai l’Impossible pour Esclave
et l’Avenir, je le nargue de mon Ombre opaque!
Je suis le Barbare! et j’aime les fleurs!
Comme Pan mon coeur vit d’amours,
et mes fureurs dévorent la Nature pie!
Je suis le Temps qui crée
et le Volcan qui transforme!
On m’appelle la Mort,
je suis Satyre!

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Le Mot qui survivra

Seigneur!
Tous les grands sont morts. Morts!
Et leurs grands monuments ont fondu dans le
temps,
comme ombre. Comme de l’ombre!
Quelque chose de stérile et d’impitoyable
ronge et rogne les oeuvres
et de l’homme et de l’ange!

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Le Parfum inexprimé

Je sens vivement palpiter en moi,

comme le parfum d’une foule d’accords inexprimés.

Et qui s’éteignent avec des échos finement lointains,

dès qu’ils effleurent ma conscience.

Mais à chaque fois que je prends la plume

pour épingler ces êtres aux ailes de musique,

le rythme et la pensée nette m’échappent;

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Le rameau

Seigneur!
J’ai besoin de Ta lyre,
pour chanter et pleurer.
J’ai besoin de Ton amour
pour T’écouter et T’aimer.
J’ai besoin d’une ombre tranquille,
pour admirer et prier.
J’ai besoin d’un rameau de silence,
loin de ce monde monotone.
Seigneur!
J’ai besoin d’une tombe solitaire
afin de renaître et m’envoler!

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